Née à Nancy en 1975, Ève Laroche-Joubert vit et travaille entre New York, où elle a résidé pendant vingt ans, et Sète, où elle s'est installée en 2018. Sa pratique artistique repose sur les sens de l’équilibre et de la proprioception (coordination et spatialité). Elle considère le corps humain comme une structure de perception intelligente, en mouvement constant. Citant Pascal dans ses Pensées, elle imagine « un corps plein de membres pensants ». Ève explore le rapport corps-esprit, et la façon dont les sensations physiques stimulent la créativité et élargissent la conscience.
Inscrite dans la tradition des artistes-ingénieurs, elle conçoit et réalise de manière autonome des assemblages cinétiques ainsi que des objets ergonomiques à grande échelle. Son travail se situe à l'intersection de la sculpture, de la performance, de la danse, de l'architecture et du design. Ses sculptures, empreintes de références allant des totems antiques aux créations contemporaines, présentent des formes et des structures biomorphiques. Ses installations Corps-Espace offrent un cadre pour des performances chorégraphiées, activées par elle-même ou des interprètes professionnels.
« Les pièces que je réalise expriment l'élégance d'un geste, un moment d'équilibre fragile qui reflète notre condition humaine », explique-t-elle. Elle a collaboré avec des danseurs à New York, à Moscou et en France, et développe récemment des sculptures accessibles à un large public, incluant des personnes à mobilité réduite. Ses recherches en cours explorent la relation entre le corps et l'esprit - qu’elle perçoit comme une entité unique - à travers le prisme des neurosciences, des sciences humaines et de la philosophie. Elle s’inspire particulièrement des travaux de Paul Bach-y-Rita sur la plasticité cérébrale, de V.S. Ramachandran en neurologie comportementale et de Riccardo Manzotti en philosophie externaliste.
Le travail d'Ève a été exposé en France, en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas, en Italie, en Russie et largement aux États-Unis. Elle a bénéficié de résidences financées par des organisations comme Triangle Arts NYC, the Bemis Center for Contemporary Arts, the I-Park Foundation, Sculpture Space aux États-Unis, et la Fondation 3D-Verbier en Suisse. Ses œuvres ont été couvertes par des publications prestigieuses telles que le New York Times, le Wall Street Journal, Artforum, le Brooklyn Rail, Hyperallergic aux États-Unis, Ouest France, Beaux-Arts Magazine, le Figaro Madame en France, Blouin Art Info en Russie et le Southern Metropolis Weekly en Chine, entre autres.
Ève est diplômée de l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et titulaire d’un Diplôme des Métiers d’Art en métallurgie architecturale avec félicitations du jury de l’École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art (ENSAAMA Olivier de Serres) à Paris. Elle a étudié en Californie de 1999 à 2001 grâce à la Bourse Colin Lefranc. C’est lors d’un programme d’échange au sein du département New Genre à l’Institut d’Art de San Francisco qu’elle a commencé à intégrer la performance à son travail sculptural.
Elle a étudié la danse classique et le solfège au Conservatoire Régional de Musique de Lorraine, et s’est formée à la Capoeira, qu’elle a pratiquée en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Hongrie et aux États-Unis. Son expérience en prototypage a enrichi ses techniques de fabrication : elle a conçu de nombreux prototypes dans les domaines du design et de l’architecture, et réalisé des pièces destinées aux industries du divertissement et de l’art contemporain, notamment des œuvres pour des artistes tels qu’Olafur Eliasson et Urs Fischer. Elle a aussi exercé en tant que chef de chantier en rénovation à New York.
Parallèlement, Ève a enseigné les techniques de perspective dans une école d’art appliqué privée à Paris, en se spécialisant dans la construction d'anamorphoses. Elle a écrit un essai sur un système perspectif novateur, publié dans le premier volume de The Funambulist Magazine en 2012, établissant un lien entre les découvertes des artistes Oakes et les recherches de l’architecte et théoricien Frederick John Kiesler sur le concept de l’infini.
Aujourd’hui, Ève Laroche-Joubert ouvre sa pratique à un public beaucoup plus large en développant des formes accessibles et habitables, pensées pour être traversées, investies et vécues corporellement. Cette évolution se manifeste notamment à travers son dernier projet de sculpture–observatoire à oiseaux, mis à l’honneur en première page du journal Le Monde, qu’elle dédie à la petite Talya en fauteuil roulant, habitante du village de Vic-la-Gardiole dans le sud de la France, où l’œuvre sera installée avant le printemps 2026. En parallèle, elle poursuit ses recherches sculpturales autour du corps à travers des formes dénuées de toute fonctionnalité, affirmant ainsi une tension féconde entre usage possible et liberté formelle, entre expérience partagée et autonomie poétique de l’objet.
Ève Laroche-Joubert est également connue sous le pseudonyme Eve Bailey de 2005 à 2015.