Open Sky

2025-2026

SHAPES IN NATURE by Philippe Saulle, june 2026 (original text in French below).

We walk out onto the platform, enclosed by this white structure punctuated with honeycomb-like openings. Precise and smooth, these beautiful rounded apertures undoubtedly evoke something deeper. Yet this is, first and foremost, a bird observatory, a hide from which to watch birds. As we wander through, we will of course see gulls, chatty flamingos, graceful egrets, sparrows, black-headed gulls, or buzzards. If we take our time, perhaps we may glimpse the more elusive ringed plovers, warblers, redstarts, tits, clever jackdaws; and if we add silence to our patience, perhaps little owls, elegant avocets, common shelducks, ortolan buntings, or short-toed snake eagles... Birds are fragile, or rather, made increasingly vulnerable by our times, and they are becoming ever rarer. To observe them is already to care for them. They are dinosaurs whose extraordinary evolution enabled them to survive cataclysms. But Ève Laroche-Joubert - artist, engineer, and, one might say, a rare bird herself - also invites us to observe her sculpture as a formal clue to that remarkable evolutionary ingenuity.

The philosopher Francis Bacon wrote: "There is one form of knowledge that remains eternally precious... the understanding that things possess simple forms and limited differences, while all variety arises from subtle gradations and harmonious combinations. "Nature has adopted two principal strategies to compensate for increasing scale: either to develop stronger materials or to hollow out structures, making them lighter. In most birds, bone accounts for only about five percent of total body mass, compared with roughly fifteen percent in humans. In some species, the plumage weighs more than the skeleton itself. A bird's bones are as hollow as they can possibly be. Instead of solid mass, they contain a trabecular structure, a delicate network of fine struts that reinforces the bone from within. The trabeculae, from the Latin for "little beams," are intelligently arranged to provide strength precisely where it is needed.

While designing a powerful crane, the engineer Karl Culmann paused in amazement before a cross-section of a femur displayed in Hermann Meyer's laboratory in 1866. He recognized that the arrangement of the bone's trabeculae was nothing less than a diagram of stress lines, the paths of tension and compression within a loaded structure. Nature had reinforced the bone exactly where the forces required it. "There is my crane!" he exclaimed.* Such is the strategy shared by artist-engineers: remove material where it is unnecessary, add it only where it is needed.

Ève Laroche-Joubert's observatory translates into sculptural form the hidden architecture of the delicate struts that shape the interior of bones. Without this crucial evolutionary innovation, there would be no birds to cherish, no birds to observe in silence, sheltered behind the trabeculae and the honeycomb-like openings.

À Ciel Ouvert

2025-2026

FORMES DANS LA NATURE par Philippe Saulle, juin 2026.

Nous allons sur le ponton, ceint de cette structure blanche aux percées alvéolaires. Précises et lisses, ces belles ouvertures arrondies évoquent sans aucun doute des choses plus profondes. Mais c'est bien ici, un observatoire ornithologique. Une cache pour observer les oiseaux. De passage, en flânant, nous verrons évidemment des goélands, des flamants roses bavards, des aigrettes graciles, des moineaux, des mouettes variées ou des buses. Si nous prenons le temps, peut-être, plus farouches, des gravelots à collier, des fauvettes, des rouges-queues, des mésanges, des choucas malins, si nous ajoutons au temps le silence, peut-être des chevêches, des avocettes élégantes, des tadornes de Belon, des bruants ortolans, des circaètes Jean-Le-Blanc... les oiseaux sont fragiles - plutôt, fragilisés par notre époque - et de plus en plus rares. Les observer c'est déjà les aimer. Ils sont dinosaures à l'évolution formidable pour survivre aux cataclysmes. Mais Ève Laroche-Joubert, artiste, ingénieure et, drôle d'oiseau, nous invite aussi à observer sa sculpture, comme un indice formel de cette ingénieuse évolution.

Le philosophe Francis Bacon écrivait : « Il est une connaissance éternellement précieuse... celle qui considère que les choses ont des formes simples et des différences limitées, mais que toute la variété naît des nuances et des accords ». Les solutions utilisées par la nature pour compenser les effets de taille croissante sont soit de concevoir des matériaux plus résistants, soit de rendre la structure creuse pour l'alléger... Or, dans la masse corporelle totale de la majorité des oiseaux, on retrouve cinq pour cent de masse osseuse contre environ 15 % chez les humains. Chez certains oiseaux, le plumage pèse plus lourd que le squelette. Les os d’un oiseau sont le plus creux possible...Il y a plutôt une structure trabéculaire, qui ressemble à des filaments qui renforcent l’os. Les trabécules, du latin « petite poutre », judicieusement disposées entre elles, ajoutent de la force où il faut à une structure.

Lorsqu'il travaillait à la conception d'une grue puissante, l'ingénieur Karl Culman, tomba en arrêt devant une coupe d'os de fémur dans le laboratoire d'Hermann Meyer en 1866. Il vit que l'arrangement des trabécules osseux n'était rien d'autre que le diagramme des lignes de contrainte, des directions de tension et de compression dans la structure en charge. La nature avait renforcé l'os comme l'application et la direction des forces l'exigeaient. Il s'écria : « Voilà ma grue ! »* C'est le stratagème des artistes-ingénieurs, enlever là où ce n'est pas nécessaire, ajouter là où il en faut.

L'observatoire d'Ève Laroche-Joubert interprète dans ses formes, celles secrètes des entretoises délicates qui façonnent l'intérieur des os. Sans cette évolution cruciale, point d'oiseaux à aimer, à observer, en silence, niché derrière les trabécules et les percées alvéolaires...

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